MayaLefebvre_2026-07-17_quandchaquerespirationestuncombat

Pollution de l’air à Montréal : quand chaque respiration est un combat

Dans le quartier Mercier–Hochelaga-Maisonneuve, Léa se réveille chaque matin au bruit des camions qui filent sur la rue Notre-Dame. À sept ans, elle connaît déjà par cœur le rituel de la pompe bleue, celle qui calme les sifflements dans sa poitrine quand l’air devient trop lourd. Sa mère, Caroline, compte les jours d’absence scolaire comme on compte les défaites : quinze depuis septembre. « On vit à deux pas de l’école, mais certains matins, je la garde à la maison parce qu’elle tousse trop », confie-t-elle, les yeux fatigués. Cette réalité, des centaines de familles montréalaises la vivent en silence, prisonnières d’un air qu’elles n’ont pas choisi de respirer.

Une récente étude révèle qu’à Montréal, une réduction significative des émissions liées au transport pourrait éviter des centaines de décès prématurés chaque année. Mais derrière ces chiffres se cachent des enfants comme Léa, dont les poumons fragiles absorbent quotidiennement un cocktail invisible de particules fines et de dioxyde d’azote. Dr. Amira Bensalem, pédiatre à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, le confirme : « Nous voyons une augmentation constante des cas d’asthme infantile dans les quartiers riverains des grands axes routiers. Ces enfants ne développent pas juste une maladie, ils développent une vulnérabilité qui les suivra toute leur vie. » L’urgence ne se mesure pas seulement en hospitalisations, mais en nuits blanches, en angoisses parentales et en potentiel gaspillé.

Ce qui frappe le plus, c’est l’injustice géographique de cette pollution. Les familles à revenus modestes, souvent locataires, n’ont pas le luxe de choisir leur quartier. Elles héritent des logements abordables, ceux qui longent justement les autoroutes et les boulevards congestionnés. « On paie moins cher, mais nos enfants paient le prix », résume Marco, père de trois enfants dans Montréal-Nord. Son fils aîné, diagnostiqué asthmatique à quatre ans, manque régulièrement l’école à cause de crises respiratoires. Pendant que des quartiers plus aisés bénéficient d’espaces verts et de rues tranquilles, d’autres enfants grandissent dans un environnement qui les rend littéralement malades. Cette réalité trace une ligne invisible mais cruelle entre ceux qui respirent librement et ceux qui suffoquent.

Dans les écoles de ces quartiers, les enseignants remarquent l’impact au quotidien. Martine, qui enseigne en troisième année à Hochelaga, garde toujours des pompes de secours dans son bureau. « Certains élèves sont épuisés avant même que la journée commence. Ils ont mal dormi à cause de leur respiration, ils toussent, ils peinent à se concentrer. Comment voulez-vous qu’ils réussissent dans ces conditions? » demande-t-elle avec une frustration teintée de tendresse. L’éducation, on le sait, commence par la santé. Mais quand l’air qu’on respire devient un obstacle, les rêves d’avenir s’embrouillent comme la brume qui stagne au-dessus du trafic matinal.

Repenser nos villes, ce n’est pas seulement une question d’environnement ou de développement durable, c’est une question de justice humaine. Protéger la santé respiratoire des enfants devrait être une priorité absolue, pas un luxe réservé aux privilégiés. Chaque décision d’aménagement urbain, chaque dollar investi dans le transport collectif, chaque arbre planté près d’une école est un geste qui sauve des vies concrètes. Léa, Marco, Caroline et tant d’autres ne demandent pas grand-chose : juste le droit de respirer sans peur. Dans une société qui se dit juste, c’est le strict minimum que nous leur devons.

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