Une étude révèle que Montréal pourrait éviter des centaines de décès prématurés en réduisant les émissions liées aux transports. Voilà qui rappelle une évidence trop souvent oubliée : l’air pollué ne demande pas de passeport, mais ce sont toujours les mêmes qui en paient le prix. De Casablanca à Delhi, de Santiago à Dakar, les populations racisées, pauvres et périphériques respirent les pires particules fines pendant que les quartiers aisés jouissent d’espaces verts et de politiques urbaines protectrices. À Montréal comme ailleurs, la géographie de la pollution épouse celle des inégalités sociales.
Ce qui se passe dans la métropole québécoise n’a rien d’unique. Oslo et Copenhague ont réduit drastiquement la circulation automobile au centre-ville : résultat, moins d’asthme infantile, moins de maladies cardiovasculaires. Bogotá a instauré la Ciclovía, transformant des autoroutes en pistes cyclables le dimanche — une révolution douce qui a inspiré des dizaines de villes du Sud. Même Lagos expérimente aujourd’hui des corridors de transport en commun rapides. Les solutions existent, documentées, éprouvées. Reste à savoir si la volonté politique suivra, ou si on continuera à sacrifier la santé publique sur l’autel de la mobilité individuelle.
L’ONU-Habitat rappelle que 60 % des décès liés à la pollution atmosphérique dans le monde touchent les pays du Sud global, où l’urbanisation galopante s’accompagne rarement de normes environnementales contraignantes. Mais le Nord n’est pas exempt : les banlieues nord-américaines, conçues pour la voiture, enferment aussi leurs résidents dans une dépendance toxique. Les quartiers ouvriers de Montréal-Nord ou de Laval subissent autant les impacts de la circulation routière que les favelas de São Paulo ou les townships sud-africains coincés entre autoroutes et zones industrielles.
La justice environnementale, au fond, parle une langue universelle : celle du droit à respirer sans mourir. Quand on oppose transport actif et liberté de conduire, on masque l’essentiel — à savoir que la pollution automobile tue, lentement, silencieusement, et de manière profondément inégalitaire. Les militant·es de Climate Justice Alliance aux États-Unis, comme ceux du Réseau maghrébin pour la justice climatique, le disent depuis des années : il n’y a pas de frontières dans l’atmosphère, mais il y a des frontières invisibles entre ceux qui peuvent s’en protéger et ceux qui y sont exposés chaque jour.
Montréal a une occasion rare de montrer qu’une ville du Nord peut agir en solidarité climatique planétaire — pas seulement par des déclarations, mais par des choix concrets de mobilité, d’aménagement, de santé publique. Réduire les émissions des transports, ce n’est pas qu’une question locale : c’est aussi refuser de reproduire un modèle de développement qui étouffe les métropoles du monde entier. L’air ne connaît pas les frontières. La justice environnementale non plus.





