Une étude vient de le confirmer : des centaines de morts prématurées pourraient être évitées à Montréal si on réduisait enfin les émissions liées aux transports. Pas dans trente ans, pas « éventuellement » — maintenant. Ces décès ne sont pas des statistiques abstraites : ce sont des enfants asthmatiques qui manquent l’école, des aîné·e·s hospitalisé·e·s pour détresse respiratoire, des travailleuses et travailleurs exposé·e·s chaque jour aux particules fines sur les artères congestionnées. La voiture n’est pas une fatalité météorologique. C’est un choix politique qu’on reconduit, budget après budget, asphalte après asphalte.
On nous vend encore la bagnole comme symbole de liberté individuelle. Pourtant, elle impose à toute la ville sa violence lente : pollution de l’air, bruit constant, congestion paralysante, accidents mortels. Ce n’est pas une liberté, c’est une servitude collective qu’on normalise. Les ménages modestes qui louent près des grands axes routiers paient le prix le plus lourd : loyers moins chers, mais air empoisonné. Les enfants jouent dans des cours d’école encerclées par le trafic. Les personnes âgées marchent sur des trottoirs étroits coincés entre deux voies de circulation. Pendant ce temps, les décideurs continuent d’élargir les autoroutes et de repousser les vraies solutions.
Cette pollution n’est pas neutre socialement. Elle frappe d’abord celles et ceux qui n’ont pas le luxe de vivre loin des boulevards saturés, qui dépendent du transport en commun sous-financé, qui bossent dehors ou qui respirent l’air vicié des entrepôts logistiques en périphérie. L’urbanisme actuel produit des inégalités respiratoires : certains quartiers verdoyants, aérés, silencieux ; d’autres asphyxiés par le transit automobile. Ce n’est pas un hasard, c’est le résultat d’un aménagement qui privilégie la fluidité des marchandises et des banlieusards motorisés au détriment de la santé publique.
La transition écologique ne doit pas devenir une punition pour les classes populaires. Augmenter le prix de l’essence sans offrir d’alternative accessible, c’est de la cruauté déguisée en vertu climatique. Ce qu’il faut, c’est un transport collectif fréquent, fiable, gratuit ou presque, accessible partout : métro, tramways, bus de quartier, pistes cyclables sécuritaires. Il faut réinvestir massivement dans les infrastructures publiques et reprendre l’espace urbain confisqué par l’auto. Pas pour punir, mais pour redistribuer : redistribuer l’air pur, l’espace, le temps, la dignité de se déplacer sans s’empoisonner.
L’urgence n’est plus abstraite. Chaque jour de retard, c’est des poumons qui s’abîment, des vies qui raccourcissent, des enfants qui grandissent dans un air toxique. Reprendre de l’espace à la voiture, ce n’est pas une lubie militante : c’est une question de santé publique, de justice sociale, de survie collective. Montréal peut respirer mieux, à condition qu’on arrête de traiter la bagnole comme une vache sacrée et qu’on choisisse enfin de protéger la vie plutôt que le bitume.





