Camille_Dufresne_2026-07-17_respirer_ou_crever_transport_en_commun

Transport en commun : la crise qui tue à Montréal

Une nouvelle étude vient de fracasser le mythe confortable que le transport en commun serait une gentille option écolo pour bobos urbains. À Montréal, des centaines de décès prématurés pourraient être évités chaque année si on réduisait les émissions liées aux déplacements motorisés. Pas des chiffres abstraits : des vies. Des poumons d’enfants, des cœurs de travailleuses épuisées, des corps de livreurs qui respirent du monoxyde de carbone toute la journée. Pendant qu’on débat du coût d’un tramway, des gens meurent littéralement parce qu’on a choisi l’asphalte plutôt que le métro.

Parlons des vraies victimes de notre obsession pour la bagnole : les salarié·es qui se lèvent à 5h du matin pour traverser trois autobus bondés, payer 100$ par mois de passes, et arriver en retard quand même parce que le service est coupé aux quinze minutes. Ces travailleur·euses paient deux fois : une fois en argent, une fois en santé mentale. Une heure de transit le matin, une heure le soir, c’est dix heures par semaine volées à leur famille, à leur repos, à leur dignité. Pendant ce temps, les cols blancs en Tesla se garent gratis devant leur condo du Plateau.

Le transport collectif n’est pas un luxe, c’est un droit social aussi fondamental que l’accès à un médecin ou à une école. Quand un réseau est sous-financé, c’est l’accès au travail qui est coupé, l’accès aux études qui est barré, l’accès aux services de santé qui devient un parcours du combattant. Une mère monoparentale de Montréal-Nord qui rate son quart parce que deux autobus sont passés pleins, ce n’est pas un problème logistique, c’est une violence de classe. Et cette violence est planifiée : chaque budget qui sacrifie le transport public au profit des autoroutes est un choix politique qui tue.

L’urgence climatique n’est pas juste une question de CO2 dans l’atmosphère, c’est aussi une question de qualité de vie immédiate. Moins d’autos, c’est moins de smog, moins d’asthme, moins de bruit, moins de stress. C’est des rues où les enfants peuvent jouer, des quartiers où on peut marcher sans avoir peur de se faire écraser. C’est du temps rendu aux familles, de l’énergie rendue aux travailleur·euses. Réduire les émissions de transport, ce n’est pas sauver des ours polaires en 2100, c’est sauver des vies à Hochelaga en 2025.

Financer massivement le transport en commun, c’est un choix de société. On peut continuer à subventionner les stationnements gratuits et les échangeurs d’autoroute, ou on peut décider que chaque personne mérite de se déplacer dignement, rapidement, à coût raisonnable. Chaque dollar investi dans un réseau fréquent et fiable, c’est un dollar investi dans la santé publique, dans l’équité sociale, dans la lutte climatique. Ce n’est pas une dépense accessoire, c’est une question de survie collective. Et celles et ceux qui meurent prématurément à cause de la pollution automobile ne sont pas des dommages collatéraux : ce sont des morts évitables, causées par notre lâcheté politique.

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